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24 mars 2012 / C. Mandal

Holi, des couleurs en toute impunité

Holi, appelé aussi  « festival des couleurs », est une fête hindoue tombant généralement courant mars et célébrant l’arrivée du printemps. Elle est associée à plusieurs événements de la mythologie hindoue et plus particulièrement au couple divin Radha-Krishna. Il est dit que Krishna se serait plaint un jour à sa mère Yashoda de ce que Radha était si blanche et lui si noir. Celle-ci lui aurait alors répondu que s’il couvrait Radha de couleurs, la différence ne se verrait plus. Holi est par conséquent essentiellement célébrée dans la région Braj et de façon plus générale dans toute l’Inde du Nord.

Le festival ne doit pas à Krishna que son esprit d’espièglerie et de licence, une fois couverts de couleurs, les différences entre Radha et Krisha s’effacent. Holi est donc dans une certaine mesure le festival de l’indifférenciation, et par conséquent aussi, de la transgression. Les barrières d’âge, de sexe, de classe et de caste tombent dans une atmosphère festive supposée rapprocher les dévots. Le jour d’Holi, chacun oublie ses griefs et on se donne fraternellemet l’accolade en se badigeonnant mutuellement le visage de couleurs.

Cette ambiance du « tout est permis », une ambiance favorisée par la consommation de bhang, fameuse boisson à base de lait et de chanvre, est très bien décrite dans une des scènes du roman fleuve de Vikram Seth, A Suitable Boy. Un des personnages, Man, pousse le directeur de l’université, qui se trouve aussi être le patron de son frère, dans une mare de couleur, et celui-ci ne peut guère protester, parce qu’après tout c’est Holi… Le côté érotique et sulfureux d’Holi apparaît quant à lui très bien dans la chanson Rang Barse du film Silsila (Yash Chopra, 1981). Deux couples célèbrent ensemble Holi et sous les yeux mi-incrédules mi-bienveillants de leurs époux, les personnages joués par Amitabh Bacchan et Rekha s’engagent dans une danse des plus équivoques.

Holi a foncièrement, à n’en pas douter, un esprit bon enfant, comme le montre très bien le « Bura na mano, holi hai ! » (« Ne le prends pas mal, c’est Holi ! ») scandé par les gamins avant d’asperger de leurs pistolets à eau le passant qui passe. Par contre, la jeune fille qui se prend un seau de couleur liquide sur la tête, jeté de la terrasse du 3e étage, alors qu’elle revient de commissions, a quant à elle plus de mal à partager l’enthousiasme et les rires de ses « agresseurs ».

Dans certaines régions de l’Uttar Pradesh, Holi prend des allures beaucoup moins charmantes que les photos véhiculées par les guides touristiques : à la poudre colorée s’ajoutent l »eau et la boue, et l’hystérie générale ne cesse pas tant que la chemise n’a pas été dûment déchirée et la « victime » à moitié dénudée. Cette coutume épargne bien sûr les femmes. Mais celles-ci ne sont pas laissées pour compte et chaque année Holi est marqué par de très nombreux cas de viols, à tel point qu’il est vivement déconseillé au sexe « faible » de s’aventurer ce jour-là en dehors de la maison.

Holi ne correspond donc pas exactement à l’image idéalisée que s’en font souvent les Occidentaux en manque d’expériences exotiques et qui se rendent chaque année en nombre à Vrindavan, Mathura ou Barsana pour participer aux célébrations.

Avec son atmosphère festive, de relâchement des moeurs, de licence (qui tourne souvent à la parfaite impunité), et de transgression, Holi ressemble beaucoup à notre carnaval tel qu’il est décrit entre autre par Mikhaïl Bakhtine dans cet ouvrage qui a fait date, L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance. Holi, comme carnaval, tourne beaucoup autour du « bas-matériel » (symboles phalliques, allusions salaces etc.), mais alors que le carnaval se voulait au Moyen Âge une fête de l’envers, où les opprimés deviennent les souverains et ont le droit ce jour-là de se moquer ouvertement des puissants, Holi ne semble qu’une opportunité de plus pour les forts d’opprimer les plus faibles (qui sont souvent les femmes).

C’est pour ça que j’entends très souvent autour de moi : « Je déteste Holi. »

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