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28 août 2011 / C. Mandal

L’amitié masculine dans le film Qurbani (1980)

Qurbani a été le grand hit de l’année 1980. Dirigé par l’acteur d’origine afghane, Feroz Khan, celui-ci y joue un Arsène Lupin aux allures de Clint Estwood. Qurbani, c’est l’histoire (pour changer), d’un triangle amoureux, qui oppose Rajesh (Feroz Khan), Amar (Vinod Khanna) et Sheela (Zeenat Aman). Sheela est une chanteuse de cabaret. Elle aime Rajesh, qui l’aime aussi, mais celui-ci est pris la main dans le sac par l’inspecteur Amjad Khan (joué par Amjad Khan, avec imper à la Colombo), qui l’envoie passer quelques années à l’ombre. Sheela bien sûr promet de l’attendre, mais c’était sans compter sur l’arrivée impromptue d’Amar, qui la sauve d’une bande de vilains garçons aux mœurs et aux intentions douteuses, dans une scène qui fait beaucoup de verre cassé, le tout, pour ajouter une note de pathétique, avec sa petite fille orpheline sur le dos. Amar, bien sûr, s’éprend de la belle, et si cette dernière répond avec tendresse à la demande affective de la fillette, elle reste néanmoins distante avec son séduisant sauveur. Mais Qurbani est un film sur l’amitié, et lorsque le sauveur est sauvé par le beau de la belle, naît instantanément entre les deux Robin des bois, une amitié à toute épreuve. Qurbani renvoie au sacrifice final d’Amar, sur le champ de bataille, au nom de son amitié pour Rajesh, un sacrifice d’autant plus tragique, qu’il laisse la fillette, orpheline de mère et de père…

La chanson éponyme du film dresse le code d’honneur de cette amitié à la vie à la mort, jouant, en quelque sorte, un rôle proleptique :

तुझपे क़ुरबान मेरी जान, मेरा दिल मेरा ईमान – 2

यारी मेरी कहती है, यार पे कर दे सब क़ुरबान

क़ुरबानी, क़ुरबानी, क़ुरबानी, अल्लाह को प्यारी है क़ुरबानी – 2

साए में तलवारों के, दावे हैं दिलदारों के – 2

दुश्मनों के जानी दुश्मन, यार सच्चे यारों के

हम यार सच्चे यारों के

आँधी आए या तूफ़ान, यार खड़े हैं सीना तान – 2

यारी मेरी कहती है, यार पे कर दे सब क़ुरबान

क़ुरबानी, क़ुरबानी, क़ुरबानी, अल्लाह को प्यारी है क़ुरबानी – 2

यार ऐसा मिल गया, दिल हमारा खिल गया – 2

हाथ में जब हाथ आया, यह ज़माना हिल गया

यह ज़माना हिल गया

दो हाथों की देखो शान, यह अल्लाह है, यह भगवान – 2

यारी मेरी कहती है, यार पे कर दे सब क़ुरबान

क़ुरबानी, क़ुरबानी, क़ुरबानी, अल्लाह को प्यारी है क़ुरबानी – 2

Tujhape qurabān merī jān, merā dil merā īmān – 2

Yārī merī kahatī hai, yār pe kar de sab qurabān

Qurabānī, qurabānī, qurabānī, allāh ko pyārī hai qurabānī – 2

Sāe mẽ talavārõ ke, dāve haĩ diladārõ ke – 2

Duśmanõ ke jānī duśman, yār sacce yārõ ke

Ham yār sacce yārõ ke

Āndhī āe yā tūfān, yār khaṛe haĩ sīnā tān – 2

Yārī merī kahatī hai, yār pe kar de sab qurabān

Qurabānī, qurabānī, qurabānī, allāh ko pyārī hai qurabānī – 2

Yār aisā mil gayā, dil hamārā khil gayā – 2

Hāth mẽ jab hāth āyā, yah zamānā hil gayā

Yah zamānā hil gayā

Do hāthõ kī dekhō śān, yah allāh hai, yah bhagavān – 2

Yārī merī kahatī hai, yār pe kar de sab qurabān

Qurabānī, qurabānī, qurabānī, allāh ko pyārī hai qurabānī – 2

Traduction proposée :

Que ma vie te soit sacrifiée, mon cœur est mon honneur – 2

Mon amitié me dit, sacrifie tout pour ton ami

Sacrifice, sacrifice, sacrifice, le sacrifice est cher à Allah – 2

Bouclier contre les épées, certitude des vertueux

Ennemi reconnu des ennemis, ami des vrais amis

Nous sommes l’ami des vrais amis

Dans la tempête, les amis sont à nos côtés, la tête haute – 2

Mon amitié me dit, sacrifie tout pour ton ami

Sacrifice, sacrifice, sacrifice, le sacrifice est cher à Allah – 2

J’ai trouvé un ami tel que  mon cœur s’est épanoui – 2

Quand quelqu’un prend une main dans la sienne, le monde s’ébranle

Le monde s’ébranle

Admire la splendeur de deux mains l’une dans l’autre, l’un Allah, l’autre Dieu – 2

Mon amitié me dit, sacrifie tout pour ton ami

Sacrifice, sacrifice, sacrifice, le sacrifice est cher à Allah – 2

Si l’on voulait être un peu pompeux, on pourrait dire que Rajesh et Amar ont quelque chose du héros romantique hugolien : hors-la loi mais droits de cœur. Les costumes et la danse, laisse penser que ce code de l’honneur s’ancre en partie dans une tradition afghane ou pathane (probablement familière à Feroz Khan). Le film se situe peut-être aussi dans le sillage d’une tradition littéraire arabo-persane, que nous connaissons malheureusement très mal. Nous n’avons donc pas d’exemples en tête qui puissent corroborer notre hypothèse (si vous avez des références littéraires, elles sont les bienvenues). Les seuls exemples que nous avons, sont des compagnonnages d’aventures, où le héros est secondé dans sa quête par un héros de deuxième classe, souvent son palefrenier ou encore un ancien ennemi vaincu, à qui la vie a été laissée sauve, et qui en retour a juré d’être fidèle à la vie à la mort (cf. par exemple, le roman épique arabe, Sayf, où le héros est accompagné du géant Sa’dun).

Mais, à vrai dire, ce qui nous a le plus intrigué, c’est la gestuelle qui accompagne cette amitié, plus que l’idéal de sacrifice (qui est une thématique très courante dans la littérature mondiale). Les deux héros font preuve dans leurs rapports d’une sensualité et d’une féminité que l’on ne trouverait certainement pas dans un film hollywoodien au scénario semblable.

J’ai sélectionné quelques passages, où cette gestuelle apparaît (pour un public occidental) comme une gestuelle presque maternelle ou amoureuse. Ainsi, dans la scène finale, Rajesh ne va pas s’en évoquer, pour un public occidental de culture chrétienne (je répète et j’insiste), l’image de certaines mater dolorosa ou Pietà. Excusez la qualité de la vidéo :

Rajesh et Amar pourraient apparaître comme les imitations assez réussies d’un prototype occidental, le héros hollywoodien (références pauvres, je ne donnerai pas de nom d’acteur ou de titre de film), mais ils s’avèrent en réalité très « indiens » dans leur façon d’être. En effet, quiconque a voyagé en Inde, aura remarqué que les hommes sont beaucoup plus tactiles entre eux qu’en Occident (ils se tiennent volontiers par la main, se touchent mutuellement la cuisse etc.). C’est un état de fait qui explique probablement la gestuelle peu virile (selon des critères occidentaux) de nos deux héros…

Sur film, ailleurs sur la toile :

http://brns.com/bollywood/pages1/bolly60.html

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3 commentaires

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  1. C. Mandal / Avr 11 2012 5:03

    Je viens de tomber sur une autre chanson qui ressemble beaucoup à celle-ci, par les paroles, la chorégraphie et l’univers afghano-persan qui l’entoure. Il s’agit de यारी है इमान मेरा (Yârî hai imân merâ) du film Zanjeer (1973).

  2. khafadja / Mai 5 2012 11:50

    Eh bah, je trouve cette gestuelle assez naturelle, bien que mise en scène. Dans le monde arabe et musulman en général, il faut savoir que rien de ce qui est montré n’est sexué. Je veux dire: rien de ce qu’on peut voir dans l’espace public. La notion de « honte » étant très forte : le « 3ib » des Moyen-Orientaux, « Hchoma » des Maghrébins, « Sharam » des Urduphones et jusque dans l’espace hindiphone: le « Lajja ». Le tout étant doublé du concept plus général « Harram ». Autant de mots qu’il vaut mieux connaître quand on apprend n’importe laquelle de ces langues.
    Tout cela pour dire qu’il ne faut pas y voir la moindre connotation « sexuelle ».
    Les attentions entre amis vont beaucoup plus loin dans le monde arabe et musulman qu’en Europe. Et en Inde, tout particulièrement. Par exemple, j’étais surpris que des amis se tiennent par les hanches (ce qui ne serait pas courant dans le monde arabe). Mais, même dans le Golfe, on remarque des attentions très délicates. Je me suis déjà vu offrir une fleur par quelqu’un qui m’a ainsi signifié qu’il voulait que nos liens se resserrent (il s’agit d’un ami marié, extrêmement respectable, et avec lequel il n’y a aucune ambiguité). Quand il m’a demandé la symbolique des couleurs en Europe, il s’est décidé pour une fleur blanche, symbole de loyauté. (Et pour rajouter la petite touche du Golfe: la fleur était sans parfum, le marchand rajoutait artificiellement de l’eau de Cologne avant de les vendre… lol).
    Si le baiser dans le monde arabe (sur la joue, sur le front, sur la main), le contact de nez à nez (chez les Bédouins) ou encore l’accolade dans le monde indo-persan ne sont acceptables que d’homme à homme ou de femme à femme mais jamais d’homme à femme, c’est que dans ce dernier cas seulement, il pourrait y avoir une ambiguité, une « connotation » qui n’est pas acceptable.
    Il est peu probable que des homosexuels profitent de ce « système » (c’est souvent l’interprétation occidentale et ce, depuis la colonisation et la constitution de l’orientalisme; le caractère lascif, « relâché » efféminé des sociétés orientales étant un lieu commun du discours colonial), et quand cela arrive, c’est plutôt le fait d’homosexuels occidentaux (Gide, Genêt, Loti, Paul Bowles) du fait d’une sorte de « dénivelement interprétatif », de différence de perception, que des locaux (ce qui ne signifie pas que l’homosexualité n’existe pas, mais simplement qu’elle n’est pas là où l’Européen croira la voir). L’étranger étant émoustillé par des choses somme toute banales.
    L’amitié et plus encore la fraternité sont dees valeurs très importante: on s’appelle frère entre inconnus, du Mali à l’Inde. et il n’est pas rare de s’appeler simplement ami (SaHbi ou Sadiq en arabe, Dost ou friend chez les Indiens). Les rapports où n’intervient pas le désir sexuel sont socialement très valorisés (alors que les seuls personnes avec qui on peut manifester du désir en public sont les gens de peu de vertus: les prostituées: mais certainement pas un ou une amie et encore moins sa femme).

    Le « féminin » et « masculin » ne se répartissent pas comme en Europe. D’un côté, les manifestations de virilité sont beaucoup plus fréquentes dans ces anciennes sociétés guerrières (danses avec des armes, dans tous le Moyen-Orient et dans le Golfe, Fantasias au Maghreb, bagarres encore relativements fréquentes au Maghreb, concept de « futuwwa » -à l’origine un concept égyptien, mais qui pourrait s’appliquer dans le reste de l’Afrique du Nord – à ce sujet, lire les romans de Najib Mahfuz). Tout homme se doit de porter la barbe (extrêmement soignée dans le Golfe, jamais le fruit du hasard ou d’une négligence), comme la moustache des Ottomans ou des Indiens.

    D’un autre côté, ces mêmes manifestations (qui seraient considérées en Occident comme « hyper-viriles ») s’accompagnent de comportements que les hommes en Europe n’arboreraient pas fièrement: la poèsie dans le Golfe est extrêmement valorisée et pratiquée jusqu’au sommet de l’Etat (le cheikh héritier de Dubaï par exemple, se montre volontiers en train de composer des vers et participent à des déclamations publiques; le même homme se montrant simultanément en cavalier expérimenté ou les armes à la main dans d’autres circonstances: le tout faisant partie de ses plans de communication).

    Dans cette vidéo: tu verras le prince héritier en train de déclamer des poèmes. Remarque la barbe, à la mode du Golfe. http://www.youtube.com/watch?v=RyzGloqKbrE&featur%C3%A9related (Le poème est en dialecte émirati et non en arabe classique).

    Dans le Golfe (c’est beaucoup moins vrai au Maghreb), le parfum est extrêmement prisé et les clients des boutiques de luxe ne sont pas des femmes… mais des hommes qui déplacent toujours avec eux des effluves d’ambre, de musc, de « Louban » (le benjoin des Maghrebins), etc. Les plus conservateurs auront les yeux couverts de Khol (ce qui est une marque de religiosité et non de féminité).

    Un bon exemple de ce qui n’est un paradoxe que du point de vue occidental est fourni par le héros de la trilogie de Najib Mahfuz: Ahmed Abdel Gawad. Un patriarche, craint et respecté, qui règne en maître absolu sur son ménage et qui passe ses nuits en compagnie galante à chanter des poèmes andaloux. Ce qui fait sa « masculinité », c’est sa capacité à régner sur son ménage, mais aussi à composer, chanter, séduire, etc. (avec des critères de beauté qui n’auraient plus cours: il est gros, moustachu, imposant).
    Ici, une adaptation cinématographique des années 50: http://www.youtube.com/watch?v=9avSTf7ukcQ
    Je ne résiste pas à partager cet extrait ou père et fils se retrouvent par erreur en même compagnie: http://www.youtube.com/watch?v=zhxZ2kNUBjg&featur%C3%A9related

    Tu sais parfaitement que le code des couleurs n’est pas le même en Europe et en Inde ou le rose n’est pas du tout le privilège des femmes.

    Bref, ce que je veux dire, c’est que: poèsie, parfum, manifestations ostentatoires d’affection entre hommes sont à interpréter selon les critères du monde arabe (et musulman) comme des marques de virilités très fortes et non comme les manifestations d’un « relâchement » ou d’un quelconque efféminement. Même si avec une vision occidentale (et plus encore anglo-saxonne; parce qu’en méditerrannée, c’est très proche du monde arabe), cela paraît paradoxal. Cela ne l’est plus du tout quand tu te replaces dans le contexte culturel.
    Les mêmes erreurs d’interprétation ont lieu dans l’autre sens, où l’on fait peu de cas de la masculinité de l’Européen imberbe, qui tient à ses korn flakes le matin et qui se ménage beaucoup (sommeil, confort, besoin d’intimité, etc.). (Ici dans le Golfe, où la culture bédouine n’a pas été tempérée par l’urbanité -dans les deux sens du terme- des autres pays arabes, cette erreur d’interprétation vis-à-vis de l’Occident est très forte). C’est le fait d’une ignorance réciproque.
    Voilà ce que je pouvais dire sur le sujet. 😉
    الشاعر حمدان بن محمد بن راشد آل مكتوم مشاعري
    http://www.youtube.com
    هل تبحث عن الجديد هنا http://www.a-rj.com/vb

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  3. HASSANA ABDELKADER ABDOUL / Mai 10 2014 5:08

    C’est un film qui m’a beaucoup marqué vers les années 80 quand j’étais enfant.

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