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22 août 2011 / C. Mandal

La maîtresse de maison et sa domestique

Les relations en Inde entre la maîtresse de maison et sa domestique (le terme technique employé sur le campus où je réside est « maid ») ont pour moi des relents de Comtesse de Ségur, de ses récits moralisateurs,  de sa pédagogie paternaliste et de ses personnages en noir et blanc.

On peut ainsi distinguer « les bonnes maîtresses » et « les mauvaises maîtresses ».

Entrent dans la catégorie des « mauvaises maîtresses », celles qui exploitent leur domestique, lui parlent mal, la houspillent à longueur de journée, ne lui paient pas ses gages à temps et lui refusent des jours de congés (payés). On trouve aussi dans cette catégorie des maîtresses de maison qui pensent faire œuvre charitable en refilant à leur domestique les mangues à moitié avariées que personne dans la maison ne veut plus manger, ou encore, en lui repassant le vieux mixeur à épices qu’elles ne manqueront pas de déduire de son salaire mensuel. Les « mauvaises maîtresses » jugent très souvent que ce qui est bon pour elles, ne l’est pas pour leur domestique. Donc, le thé pour la domestique, il est sans lait et sans sucre. Les gâteaux d’anniversaire à la crème, c’est mauvais pour l’estomac, donc, on épargne la domestique qui vient de cuisiner 40 repas pour les 10 ans de fiston et on la laisse repartir chez elle avec dans le ventre deux rotis et des lentilles (surtout pas de poulet, on ne sait jamais). Il ne faudrait pas oublier non plus, les veuves de professeur qui jouent les usurières et gardent en gage les bijoux de mariage de leur domestique, faisant travailler celle-ci comme une mule jusqu’à ce qu’elles jugent que les quelques milliers de roupies empruntés ont été remboursés.

Voilà, un tableau très noir, où je me contente d’épingler les plus sordides histoires que j’ai entendues, à vous de faire la demi-mesure.

Mais bon, il y a aussi, les « bonnes maîtresses » qui ne manquent pas lors des anniversaires de garder au frigo quelques pâtisseries pour leur domestique, qui n’oublient pas les étrennes de cette dernière pour Holi et Diwali et qui sont prêtes à les guider dans leurs éventuelles démarches administratives.

Mais l’Inde n’a encore connu aucune révolution égalitaire et le ton de rigueur est celui d’un paternalisme bienveillant qui ne va pas sans rappeler certains personnages de la Comtesse de Ségur (me revient surtout en mémoire Mme de Fleurville, la mère des « petites filles modèles »). Le résultat, c’est que le fossé qui sépare les classes est très (très) palpable (pour un observateur extérieur). Un paternalisme bienveillant, ça veut dire par exemple, qu’on parle à la domestique comme on parlerait à un enfant, en utilisant une langue simple et en accentuant les mots importants (c’est un trait d’autant plus frappant lorsque le maître et la maîtresse de maison s’expriment essentiellement en anglais entre eux et ceux de leur « classe »). J’ai vu aussi ainsi des « gens très bien », faire attendre leur domestique, ou tout autre personne de cette catégorie, dehors, au lieu de lui proposer d’entrer. Et même une fois à l’intérieur, si une affaire doit être discutée, on ne lui propose pas de s’asseoir sur une chaise, mais on la laisse plutôt s’accroupir (à l’indienne) sur le sol. Enfin, l’idée qui prédomine, c’est que comme avec les enfants, il faut se montrer doux et ferme, et que si vous leur accordez, ne serait-ce que la main, ils vous prendront le bras.

Je tiens à préciser, que ces observations ne sont pas « pan-indiennes » et ont été récoltées au sein d’un microcosme très particulier, celui d’un grand institut de technologie en Uttar Pradesh. J’ai pu ainsi observer des choses tout à fait différentes dans les zones pré-rurales aux marges de Calcutta, où la domestique après avoir aidé la maîtresse de maison toute la matinée, prend son repas avec cette dernière (souvent après que tous les autres membres de la famille aient été servis).

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