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3 juin 2011 / C. Mandal

Mera Kuchh Saamaan, une chanson extraite du film Ijaazat de Gulzar

Ijaazat (1987, Gulzar) raconte l’histoire de Mahender (Naseeruddin Shah), Maya (Anuradha Patel) et Sudha (Rekha). Il s’agit d’un trio amoureux classique. Mahender aime passionnément Maya, qui l’aime aussi. Mais il est fiancé à Sudha, qu’il se résout finalement à épouser, Maya, esprit libre, excentrique et imprévisible, se refusant à revêtir les attributs matrimoniaux. Mera Kuchh Saamaan est une lettre que Maya envoie à Mahender, après que Sudha lui ait retourné par courrier des affaires qu’elle avait laissées. Les paroles sont de Gulzar, la musique de Rahul Dev Burman, le tout interprété par Asha Bhosle. Inutile de dire que les paroles sont vraiment magnifiques (grandieusement mises en valeur par la musique de R. D. Burman et la voix d’Asha Bhosle) et que c’est la raison pour laquelle je souhaite les partager…

मेरा कुछ सामान तुम्हारे पास पड़ा है
ओ ! सावन के कुछ भीगे भीगे दिन रखे हैं
और मेरे एक ख़त में लिपटी रात पड़ी है
वह रात बुझा  दो, मेरा वह सामान लौटा दो

पतझड़ है कुछ … है ना ?
ओ ! पतझड़ में कुछ पत्तों के गिरने की आहट
कानों में एक बार पहनके लौट आई थी
पतझड़ की वह शाख़ अभी तक कांप रही है
वह शाख़ गिरा दो, मेरा वह सामान लौटा दो

एक अकेली छतरी में जब आधे आधे भीग रहे थे
आधे सूखे आधे गीले, सुखा तो मैं ले आयी थी
गीला मन शायद बिस्तर के पास पड़ा हो !
वह भिजवा दो, मेरा वह सामान लौटा दो

एक सौ सोलह चांद की रातें एक तुम्हारे कांधे का तिल
गीली मेंहदी की ख़ुशबू, झूठ-मूठ के शिकवे कुछ
झूठ-मूठ के वादे सब याद करा दूँ
सब भिजवा दो, मेरा वह सामान लौटा दो

एक इजाज़त दे दो बस, जब इसको दफ़नाऊँगी
मैं भी वहीं सो जाऊंगी

***

Merā kuch sāmān tumhāre pās paṛā hai
O  ! sāvan ke kuch bhīge bhīge din rakhe haĩ
Aur mere ek khat mẽ lipaṭī rāt paṛī hai
Voh rāt bujhā do, merā voh sāmān lauṭā do
Merā kuch sāmān tumhāre pās paṛā hai

Patajhaṛ hai kuch … hai nā ?
O ! patajhaṛ mẽ kuch pattõ ke girane kī āhaṭ
Kānõ mẽ ek bār pahanake lauṭ āī thī
Patajhaṛ kī voh śākh abhī tak kāmp rahī hai
Voh śākh girā do, merā voh sāmān lauṭā do

Ek akelī chatarī mẽ jab ādhe ādhe bhīg rahe the
Ādhe sūkhe ādhe gīle, sukhā to maĩ le āyī thī
Gīlā man śāyad bistar ke pās paṛā ho !
Voh bhijavā do, merā voh sāmān lauṭā do

Ek sau solah cānd kī rātẽ ek tumhāre kāndhe kā til
Gīlī mẽhadī kī khuśbū, jhūṭh-mūṭh ke śikave kuch
Jhūṭha-mūṭh ke vāde sab yād karā dū
Sab bhijavā do, merā voh sāmān lauṭā do

Ek ijāzat de do bas, jab isko dafanāū̃gī
Maĩ bhī vahī̃ so jāūngī

Je tente la traduction suivante :

Quelques affaires à moi traînent encore chez toi,
Quelques jours pluvieux de juillet que j’avais gardés,
Et la nuit enveloppée dans une de mes lettres,
Cette nuit, éteins-la, elle aussi, rends-la moi.

L’automne est là… n’est-ce pas ?
Le bruit léger des feuilles d’automne qui tombent,
J’étais rentrée un jour,  en ayant orné mes oreilles.
Cette branche d’automne frémit encore,
Fais-la tomber, elle aussi, rends-la moi.

Quand sous un seul parapluie, nous nous faisions à moitié tremper,
À moitié secs, à moitié trempés, il était pourtant sec quand je l’avais apporté.
Mon cœur trempé et frémissant d’amour traîne peut-être près du lit,
Renvoie-le, lui aussi, rends-le moi.

Cent-seize lunes, et un grain de beauté sur ton épaule,
Le parfum du henné encore humide, quelques faux reproches,
Des fausses promesses, me faut-il tout rappeler à ton souvenir ?
Renvoie tout, tout cela aussi, rends-le moi.

Permets-moi une chose, c’est tout, quand j’y ensevelirai…
Là-bas même, je m’endormirai.

Gulzar choisit ses mots et ses images avec soin. Les deux saisons prédominantes sont ainsi la mousson et l’automne. L’automne évoque bien sûr, le dépérissement de la relation et peut-être aussi des sentiments (comme le suggest le sourir ironique de Maya lorsqu’elle demande « Patajhaṛ hai kuch … hai nā ?). La mousson est traditionnellement une époque joyeuse, les pluies de juillet venant mettre fin à l’interminable attente de mai-juin où la chaleur implacable fait littéralement rôtir la terre et les esprits. Mais l’eau, évoque aussi les larmes de la séparation. Au troisième paragraphe, Gulzar joue sur l’homophonie entre « gīlā » (« mouillé ») et « gilā » (nom persan, signifiant, plainte, lamentation, reproche). « Gīlā man » renvoie ainsi au cœur trempé par la pluie, trempé par les larmes et au cœur plein de reproches de l’amante trahie. Mais, ce n’est pas tout,  car « gīlā man » est en réalité une expression consacrée en poésie pour décrire l’esprit (ou le cœur) amoureux, attendri (jusqu’à être liquéfié) par les émotions. On trouve la même expression en bengali : « bhejā mon » (ভেজা মন) désigne l’esprit « ramolli » par l’émotion.

Quelques mots de vocabulaire :

  • सावन sāvan (m) : cinquième mois du calendrier lunaire hindou (juillet-août)
  • पतझड़ patajhaR (m) : chute des feuilles, automne, mais aussi, temps de déclin
  • शाख़ śākh (f) [P] : branche
  • तिल til (m) : 1) sésame, 2) grain de beauté
  • शिकवा śikavā (m) [A] : reproche

Sur Gulzar (biographie, filmographie et bibliographie) :

Sur le cinéma des années 80, le film Ijaazat et sa bande originale :

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