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5 mai 2011 / C. Mandal

Mon père, ce radin…

…qui n’a pas voulu payer les 50 briques qui m’auraient assurées un boulot dans la police. » Voilà, qui résume le long récit que l’on tient d’un ami, qui le tient lui-même du principal intéressé, aujourd’hui gardien de nuit sur le campus de l’I.I.T Kanpur. Celui-ci reconnaît toutefois, qu’être agent de sécurité pour SIS ltd. est un bon compromis, que c’est tout de même mieux que son ancien travail dans une boutique de spiritueux. Au moins là, les jours de congés sont plus nombreux, ce qui lui permet d’aller voir régulièrement sa femme et ses deux enfants, restés dans son village du Bihar. Je donne là un résumé très court du long entretien que cet ami et lui ont eu au beau milieu de la nuit (je dis « entretien », mais l’expression « tenir la jambe » rendrait mieux la réalité telle que perçue par cet ami… cela dit, si notre SIS guard s’est montré très bavard sur lui-même, il a aussi témoigné d’une grande curiosité, cherchant à savoir ce qu’il se faisait les laboratoires, combien de temps duraient les études et mille autres petites choses qui n’ont pas raccourci cet échange nocturne).

Quelles étaient les raisons derrière le refus du père de notre agent de sécurité (méfiance face à un investissement sans garanties, principes moraux ou pringrerie), nous l’ignorons, mais cette rencontre anecdotique, nous a rappelé un film, vu récemment, Apaharan (2005, Prakash Jha), « enlèvement » en français et qui traite du « kidnapping business » au Bihar. Ici, l’histoire commencerait plutôt par « Mon père, ce gandhien… ».  Ajay (joué par Ajay Devgan) est un jeune diplômé qui souhaite intégrer les forces l’ordre, mais qui a échoué jusqu’ici (comme il a échoué pour tous les autres emplois pour lesquels il a postulé dans le passé). Les idéaux gandhiens de son père entrave en effet l’unique chemin qui semble pouvoir mener au but, celui de la corruption. Ajay, qui est amoureux et voudrait se faire enfin une situation pour pouvoir épouser au plus vite l’objet de son amour, perd patience et décide de réunir la modique somme de 500 000 roupies, qui lui ouvrira les portes du corps de police… Finalement la chose ne se fait pas et c’est pour rembourser ses créditeurs qu’Ajay décide de kidnapper contre rançon un haut fonctionnaire. De fil en aiguille, il deviendra finalement un des gangsters les plus pluissants de la région (voir synopsis complet, en anglais, sur Wikipedia).

Prakash Jha est lui-même originaire du Bihar et connaît donc très bien le contexte. Apaharan est un film réaliste mettant à nu les mécanismes du système (où sont intrinsèquement liés corruption, banditisme et démocratie). Certaines choses pourraient peut-être paraître, pour le spectateur occidental, exagérées (Ajay a sa cellule de prison aménagée avec air climatisé, télévision, salle de sport, va et vient librement, continuant à mener ses petites affaires avec la bénédiction de ses protecteurs haut placés), certains caractères, excessivement machiavéliques (celui du Chief Minister ou encore celui joué par Nana Patekar, leader politique local représentant la minorité musulmane), il n’en est rien.

Prakash Jha est par ailleurs connu pour ses fictions socio-politiques : ses trois premiers films – Damul (1985), sur la relation entre fermier et zamindar, Mrityudand (1997), sur l’oppression des femmes, et Gangaajal (2003), sur la corruption de la police – se déroulent tous au Bihar, le plus récent, Rajneeti (2010), adaptation libre du Mahâbhârata, ayant lui pour toile de fond Bhopal et les luttes intestines pour l’accession au pouvoir (le film avait fait polémique pour les similarités avec l’histoire de la famille Nehru-Gandhi)

À la différence d’Ajay et de notre gardien de nuit, l’inspecteur Srikant Reddy, un des personnages secondaires du dernier film de Shyam Benegal, Well Done Abba (2010), a lui réussi à intégrer les forces de l’ordre, recevant en dote de son beau-père partant à la retraite, la place de ce dernier. Mais, celui-ci, pauvre bougre, ne sait pas tirer avantage de sa position et se retrouve du coup à devoir écouter matin et soir les jérémiades de sa femme qui ne cesse de lui rappeler qu’après tant d’années de carrière, son père à elle, avait déjà amassé tout un pactole, offert tant et tant de bijoux à sa mère, emmener celle-ci en vacances là et là, alors que lui n’a pas même été foutu de faire mettre l’air conditionné à la maison…

Le film est une satire de l’administration indienne qui tourne autour du personnage d’Arman Ali (joué par Boman Irani) qui voudrait faire construire un puits dans sa cour grâce aux subventions de l’Etat. Malgré quelques longueurs, le film est d’un comique divertissant et montre avec sagacité l’enchaînement jusqu’à l’absurde de la chaîne de la corruption.

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