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24 avril 2011 / C. Mandal

« Ek lakh lakh pardesi girls, ain’t nobody like my desi girl »

« Des centaines de milliers d’étrangères, mais personne comme ma desi girl ». Ce refrain de la chanson phare de Dostana (2008, Tarun Mansukhani) ne s’accorde à première vue pas si bien avec le côté « militons pour des moeurs libérées » du film (c’est le premier bollywood pure qui traite ouvertement de l’homosexualité, sous couvert toutefois d’un humour tarte-à-la-crème…). Si Prianka Chopra dans le clip n’est pas tellement plus habillée que les blondes qui se trémoussent derrière elle, alors qu’elle est taxée de « desi girl » (le terme connotant plutôt une jeune fille timide, pudique et docile), c’est parce qu’elle personnifie bien sûr une nouvelle « desi girl« , une « desi girl » qui est « the hottest girl in the world ». En gros, maintenant, la « desi girl » est un package de ce qu’il y a de meilleur : elle est plus sexy encore qu’une western girl tout en étant de pure souche bharati.

Tout cela m’amène à faire remarquer que dans toute l’histoire (récente – qu’on connaît le mieux) de bollywood, il n’y a pas un seul mariage mixte entre un indien et une étrangère qui ait marché (excepté peut-être des unions secondaires comme le personnage d’Abhishek Bacchan dans Kabhi Alvida Na Kehna (2006, Karan Johar), qui épouse en deuxième noce une américaine, ou encore, le meilleur ami du héros dans Salaam Namaste (2005, Siddharth Anand) qui épouse une australienne).  Outre le fait que les unions mixtes (entre un(e) indien(ne) et un(e) occidental(e))  sont très rares dans le monde bollywood, (y compris quand toute l’histoire du film se passe à New York, Londres ou Sidney – état de fait qui probablement reflète aussi des considérations pratiques : il est difficile d’engager des acteurs étrangers, d’où une Amérique où tous les médecins, infirmières et inspecteurs de police sont indiens), même quand il y a union mixte, l’issue de telles unions est toujours fatale. Il peut simplement s’agir d’un divorce (personnage de Madhuri Dixit dans Aaja Nachle (2009, Anil Mehta)), d’une séparation (personnage de Vivek Oberoi dans Kisna (2005, Subhash Ghai), qui aide la fille de ses maîtres anglais à échapper aux violences de l’Indépendance, concrétisant ainsi une idylle qui dure depuis l’enfance, mais refusant finalement de suivre cette dernière en Angleterre, préférant embrasser une voie maritale purement indienne, ou encore, personnage d’Aishwariya Rai dans Hum Dil De Chuke Sanam (1999, Sanjay Leela Bhansali), qui finalement préfère un parti 100% indien à son choix antérieur moitié indien moitié italien), ou carrément de la mort d’un des protagonistes, voire des deux (personnage d’Aamir Khan dans Rang De Basanti (2006, Rakeysh Omprakash Mehra), fiancée américaine du personnage joué par Ranbir Kapoor dans Rajneeti (2010, Prakash Jha), tuée dans un attentat, personnages de Hrithik Roshan et Barbara Mori dans Kites (2010, Anurag Basu)).  Il y a aussi les cas où toute l’intrigue du film tourne autour du thème de la non-compatibilité des deux parties. La partie occidentale, candidate à l’amour et au mariage au début du film est montrée comme un parfait goujat arrogant et raciste (Namastey London (2007, Vipul Amrutlal Shah)) ou plus simplement comme gentille, mais fade et hors de propos (Love Aajkal (2009, Imtiaz Ali)). Il y aurait aussi bien sûr beaucoup à dire sur le fait que ces pardesi girls sont toujours des blondes (antithétiques).

Finalement, les seuls films me venant à l’esprit qui mettent en scène des unions mixtes « réussies », ce sont Bride and Prejudice (2004, Gurinder Chadha), un film dans le style de bollywood par une réalisatrice britannique d’origine indienne, et Mississippi Masala (1991, Mira Nair), qui n’est pas un bollywood, ni « dans le style de » et qui aborde le tabou de la relation entre un « noir » et une indienne (la façon dont ce tabou est cristallisé dans les films bollywood, pourrait faire l’objet d’un autre article).

Bollywood se fait cependant parfois volontiers le chantre d’unions mixtes que condamnerait normalement la morale (hindoue) conventionnelle.  Ces unions peuvent être simplement inter-classes (Kabhi Khushi Kabhi Gham (2001, Karan Johar)), inter-régionales (une panjabi et un gujarati dans Kal Ho Na Ho (2003, Nikhil Advani), un indien du nord et une indienne du sud dans Hum Hain Rahi Pyar Ke (1993, Mahesh Bhatt)), inter-religieuses (Bombay (1995, Mani Ratnam), Kurbaan (2009, Rensil D’Silva), New York (2009, Kabir Khan), bien que dans ces deux derniers, la fin ne soit pas heureuse), ou encore inter-religieuses, plus indo-pakistanaises (Veer Zaara (2004, Yash Chopra),  Jhoom Barabar Jhoom (2007, Shaad Ali)), ou enfin avec des femmes qui ne sont pas traditionnellement considérée comme des candidates idéales au mariage (veuves dans Sholay (1975, Ramesh Sippy), Andaz (1971, Ramesh Sippy), Baabul (2006, Ravi Chopra), prostituées dans Pakeezah (1972, Kamal Amrohi) ou Laaga Chunari Mein Daag  (2007, Pradeep Sarkar)). Mais toutes ces unions « irrégulières » ont en commun d’être des unions entre indiens (ou du moins entre gens du sous-continent).

Bref, on dirait bien qu’à bollywood le label « desi » ait encore de beaux jours devant soit et nous sommes tentées de voir dans le refrain de la chanson de Dostana l’expression moderne  d’un certain chauvinisme qui caractérise bollywood depuis ses débuts et en fait le sel et la saveur…

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2 commentaires

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  1. shail / Avr 24 2011 3:05

    C’est un sujet intéressant. Même si vous avez quelques observations pertinentes, il y a certain aspects qui méritaient une recherche plus approfondie. Commençant par le mot « desi », votre définition de « desi girl » semble inventée, et pas mis dans la perspective du film. Dans le contexte indien il y a quelques années, le adjective desi était utilisé pour représenter les villageois, presque équivalent de « ganwar », et « bides » (pas « videsh ») pouvait dire même le village à côté (cf. kahé ko byahi bides…). L’utilisation comme « desi girl » de Dostana, apparu il y a quelques décennies, est commencé aux USA et UK par le diaspora indien, et ce ne représentait que un(e) indien(ne) (opposé à un gora/gori), c’est simplement qqn d’origine indienne sans connotation timide, pudique ou bharati! c’est utilisé même pour les indiens de 2e/3e générations dans ce pays.
    Le sujet des relations entre les indiens et les étrangers était déjà évoqué dans le bollywood, comme mera nam joker (raj kappor et la russe) et purab aur pashcim (manoj kumar et saira bano qui joue l’étrangère). Les représenter par une blonde est forcément lié avec le fait que c’est l’ethnie qu’on trouve pas en inde (on trouve les différents couleurs des yeux, peaux, etc. mais pas blonde) et donc la séparation est nette, parfois c’est aussi lié avec les clichés (comme les indiens sont représentés dans l’hollywood), et bollywood n’est pas la bonne exemple pour cela ;-).
    Concernant la société représentée dans les films tournés à l’étranger (on voit que les indiens) cela reflète un peu la réalité, dans ces pays ou le diaspora indien est important, souvent ils restent entre eux (comme les grecs, français, … vivent à l’étranger et forment un peu les ghettos). j’étais également surpris par la vision des « desi » dans ces pays, surtout la 2e/3e générations qui ont une image de l’inde de l’époque quand leurs parents ou grands parents ont quitté l’inde et pas très loin de ce qu’on montre dans les films bollywood.
    J’aurais analysé la sujet différemment, au lieu de voir si « un mariage mixte entre un indien et une étrangère marché ou pas ». C’est une question très complexe et mérite une analyse socio-culturelle car un couple franco-indien est bien distinct qu’un couple français ou bien un couple indien, une des raisons où un couple mixte peut « marcher » est si le lien sentimentale est bien fort pour absorber les écartes culturelles (et psychologiques) que chacun des personnes peut avoir par rapport à vision des choses.

    • C. Mandal / Avr 24 2011 5:48

      Cher Shail, merci pour votre réponse approfondie qui va permettre d’affiner un premier jet de réflexion très spontané parti d’un constat au hasard…
      J’ai pris en effet « desî » 1) comme opposé de « videshî », 2) comme signifiant « authentiquement indien », on pourrait presque dire « du terroire » (cf « desi ghee »). Quand je définissait la « desi girl » comme « pudique et docile », c’est en effet l’image de ces villageoises, le visage caché sous le pallu de leur sari, que j’avais en tête, une image qui contraste avec le sari à paillette et le haut style bikini que porte Prianka dans la chanson. Si je résume, pour vous l’expression « desi girl » quand rattachée au personnage de Prianka n’a pour vous rien de discordant ? On ne peut y voir non plus une tentative d’humour, d’ironie ou de cocasse de la part du parolier ?
      Je n’ai toujours pas vu les deux films que vous citez (Purab aur Pascim et Mera Nam Joker), mes connaissances restent très limitées quand on recule au-delà des années 90. Mais comme vous le faites remarquer, le fait que la « gori » soit toujours blonde ne donne pas à discourir et s’explique aisément.
      Vous dites que vous avez été surpris par la façon dont les 2e et 3e générations d’émigrés perçoivent l’Inde… Ils la perçoivent comment exactement ? se représentent-ils l’Inde comme elle l’était 30 ou 50 ans auparavant ?
      Quant à la conclusion, elle est peut-être plus d’apparat qu’autre chose, l’article partant d’un état de fait, sur lequel il est peut-être en réalité difficile de conclure…

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