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22 avril 2011 / C. Mandal

Yoga et cricket

Nous sommes le mercredi 30 mars 2011, jour du match de demi-finale de la Coupe du monde de cricket, qui voit s’affronter l’Inde et le Pakistan. Le gagnant ira en finale et affrontera le Sri Lanka, qui a lui-même éliminé l’Angleterre quelques jours auparavant.

On sait tous que le cricket en Inde rassemble des foules autour d’un écran minuscule à l’image brouillée. Pas besoin de plus de description, c’est une image d’Epinal. Les jours de grand match comme ce jour-là, (on sait tous que) toute activité cesse dans les bureaux, les boutiques etc. Bref, le cricket en Inde, c’est sérieux, c’est un phénomène national panindien (à tel point que – je me permets une embardée dans le futur – Mamta Banerjee demandera, lorsque l’Inde sera sacrée champion du monde, qu’on déclare le lendemain national holyday, pour que chacun ait le loisir de savourer la victoire tranquillement en famille…). Re-bref, en Inde, il n’est pas une personne qui ne soit tenue en haleine par un match d’envergure et pour preuve…

J’avais déjà remarqué que Yadavji, le professeur de yoga attitré de l’IITK, assis derrière son bureau, derrière l’écran de son ordinateur, alors qu’il donne sa séance quotidienne de yoga, n’est pas toujours exactement en train de suivre sur le net les progrès de la médecine ayurvédique, ni de parcourir les grands titres de l’actualité sur rediff.com, mais est tout bonnement en train d’observer sur cricinfo.com les résultats, automatiquement et instantanément mis à jour, du match en cours (en Inde, le cricket ça ne s’arrête jamais, il y a toujours des matchs, que ce soit la Coupe du monde ou  l’Indian Premiere League, des matchs amicaux ou encore les Commonwealth games, il y a toujours quelque chose qui se passe…).

Il y a de ça quelques jours, Yadavji a fait brancher la grosse télé qui prenait la poussière au fond dans un coin de la salle et l’a faite installer sur un des tapis de la première rangée. C’est ainsi qu’il a pu suivre Sri Lanka-Angleterre, sans le son (par respect pour l’atmosphère méditative que requiert le yoga), mais avec les images, ce qui est tout de même mieux que les tableaux froids et figés de cricinfo.

Mais aujourd’hui, c’est Inde-Pakistan, alors les commentaires, c’est important. Le volume est bas et la voix du commentateur partiellement étouffée par le bruit des ventilateurs. Qui plus est, Yadavji coupe le son à chaque page de pub, tout en récitant de sa voix calme et posée, aujourd’hui un peu absente, son adage quotidien : « pît par let jâen… start karen… bas, vâpas â jâen… »

Mrs. Gupta, épouse du retraité Pr. Gupta, auteur d’un ouvrage considéré ici comme la Bible de l’étudiant en métallurgie, est là, avec ses lunettes dorées aux verres épais et ses salwar-kamiz toujours impeccables, assise en tailleur à sa place habituelle du premier rang, deuxième tapis à droite. Aujourd’hui elle risque fort de terminer la séance avec un torticolis. Sâns par dhyân denâ, âj bâdh men jâe. Concentration sur la respiration, aux oubliettes. À intervalles réguliers, de peur de ne pas toujours pouvoir se fier à ses yeux ou à ses oreilles, elle demande à Yadavji : « Out ho gayâ kyâ

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